Behavioural Brief
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Ce que le vin à 10 euros dit de votre politique tarifaire

23 mars 2026 - Même bouteille, deux étiquettes : le cerveau éprouve neurologiquement plus de plaisir pour le vin cher. Vos remises recalibrent durablement.

En 2008, des chercheurs de Caltech ont fait goûter cinq vins à des volontaires placés dans un scanner cérébral. Cinq étiquettes de prix : 5$, 10$, 35$, 45$, 90$. Les sujets ont systématiquement préféré les vins les plus chers. Jusque-là, rien de surprenant.

Sauf qu'il n'y avait que trois vins. Le vin étiqueté 5$ et celui étiqueté 45$ étaient identiques. Le vin à 10$ et celui à 90$, aussi. Même bouteille. Même cépage. Même millésime.

Le plus troublant : les images d'IRMf ont montré que le cortex orbitofrontal (la zone qui encode le plaisir) s'activait réellement davantage pour le vin "cher". Les sujets ne faisaient pas semblant. Ils éprouvaient neurologiquement plus de plaisir. Le prix avait modifié l'expérience dans leur cerveau.

Maintenant remplacez "étiquette de prix" par "tarif de votre contrat".

Vous pensez que votre produit a une valeur intrinsèque, et que le prix doit la refléter. C'est l'hypothèse de base de tout comité tarifaire. C'est aussi une erreur fondamentale.

La recherche en économie comportementale montre l'inverse : le prix fabrique la valeur perçue. Pas seulement la valeur "estimée" par le client. La valeur ressentie. Quand vous lancez une remise à -30% sur votre contrat santé, vous ne gagnez pas un client. Vous envoyez un signal neurologique : "ce produit ne vaut pas le prix affiché". Le cortex de votre prospect recalibre. Et il ne recalibre pas que pendant la promo. Il recalibre durablement.

Shampanier, Mazar et Ariely (2007) ont montré que la relation entre prix et comportement n'est pas linéaire. En dessous d'un certain seuil de remise, vous ne baissez pas un prix. Vous changez de catégorie mentale. Votre produit passe de "investissement raisonnable" à "bonne affaire qu'on prend tant qu'elle dure". Le premier retient les clients. Le second les habitue à attendre la prochaine promo.

Transférez ce mail à votre directeur commercial. Demandez-lui : "Quel est le taux de rétention à 36 mois des clients acquis avec une remise de plus de 20% ?" S'il ne peut pas répondre en 30 secondes, vous financez peut-être votre propre dévalorisation.

So What ?

Avant votre prochaine campagne tarifaire, tracez une courbe : taux de rétention à 3 ans, segmenté par tranche de remise à la souscription. Si la courbe plonge au-delà de 15 ou 20% de remise, vous avez votre réponse.

Le concept : prix fantôme. C'est le vrai prix que votre client associe à votre produit dans sa tête, celui que vos remises successives ont gravé dans son cortex orbitofrontal. Il est souvent très en dessous de votre tarif catalogue. Et c'est lui, pas votre grille tarifaire, qui détermine si le client reste ou s'il part au prochain concurrent moins cher.

Le prix n'est pas une conséquence de la valeur. C'est un ingrédient de la valeur.

Christophe

Références : Plassmann, H., O'Doherty, J., Shiv, B., & Rangel, A. (2008). Marketing actions can modulate neural representations of experienced pleasantness. Proceedings of the National Academy of Sciences, 105(3), 1050-1055.

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